jeudi, 24 juin 2010

C'est fini pour cette année

C’est drôle. Parfois les beaux jours me dépriment. L’installation du printemps, l’arrivée de l’été sont plus souvent pour moi des sujets à nostalgie qu’aux réjouissances des vacances toutes proches.

Ben oui.

Les beaux jours pour moi sont surtout le signe que la saison s’achève.

Une de plus.

Une nouvelle page dans l’album des souvenirs

Celle qui s’achève à présent a démarré sur les chapeaux de roues. Elle s’est écoulée tout au long de l’année pour atteindre l’allure paisible des fleuves au long cours.

Le théâtre comme un fleuve. La comparaison me plait.

Parfois rivière rebelle, torrent indocile, ruisseau espiègle, parfois fleuve tranquille, majestueux, menaçant, ce cours d’eau est toujours le même et toujours différent. Immuable et nouveau, constant et surprenant.

Le théâtre est tout cela ou devrait l’être. En tout cas, j’espère que nous, à Cavale, nous y arrivons. Ou tout au moins que nous y tendons ; passionnément.

La saison donc se termine. Autant dire tout de suite que nous sommes très satisfaits d’elle. Elle a été généreuse et nous a apporté notre part de rire, de réflexions et de passion. Mais une fois la vague de satisfaction passée, qu’est-ce que j’en ai retenu ? Que me reste-t-il ? Quelles traces ?

Quelques fulgurances, des images dans ma tête, des mots, des paroles, des actes, des regards.

Par exemple, le plaisir enfantin d’un guide entraînant une petite troupe de spectateurs dans les entrailles du théâtre.

Par exemple, la satisfaction d’un capitaine de vaisseau voyant voguer son bateau et le voyant beau.

Par exemple, le sourire d’un couple de spectateurs affichant simplement leur plaisir heureux.

Par exemple, les soutiens officiels ou discrets des uns et des autres et les perspectives d’avenir et les promesses et les acquis.

Par exemple, les cheveux que l’on s’arrache face à la pile des chiffres à remettre dans les bonnes cases.

Par exemple, les montagnes de pizza englouties à l’issue de chaque « autour de ».

Par exemple, le regard perdu d’une spectatrice nouvelle, confuse, réjouie, un soir de première de se voir, simplement, offrir un verre de kir et une tartine.

Par exemple, l’angoisse d’un auteur pendant que son texte se joue pour la première fois.

Par exemple, bien sûr, le centenaire d’une vieille dame qui allait être oubliée.

Par exemple, l’apéro offert en son honneur par le conseil administratif de la Ville de Genève.

Par exemple, l’absence du dit conseil ou d’un de ses représentants pendant le dit apéro.

Bref.

Cette année est émaillée d’autant de petites photos prises sur le vif qui, misent ensemble, révèlent une photo plus grande, plus ample, plus vaste. Celle d’un lieu bien sûr, la Maison Communale de Plainpalais, mais aussi celle d’une idée, d’un rêve, d’un but ; un but tenace. Un amour…

Formule que tout cela ? Non. Juste une conviction pas si sotte, ancrée dans le grand benêt que je suis. Conviction que je partage déjà avec quelques uns et que je partagerai avec qui en voudra.

Un amour oui.

Pour cet endroit et pour ces gens-là.

Et un amour dont je n’ai pas encore fini de vous parler.

 

C’est tout.

 

Non, ce n’est pas tout.

 

Cette année s’achève tout de même sur deux événements importants.

 

Notre attachée de presse est partie voguer sous d’autres lieux. Je ne sais pas encore si je lui en veux ou si je l’envie. En tout cas, l’univers « cavalien » est modifié à tout jamais. Ce sera ni mieux ni pire, ce sera différent. Je crois que je ne lui ai pas assez dit à quel point je lui suis reconnaissant de son passage parmi nous. Alors je le dis :

 

- Reb ? Je te suis très reconnaissant de ton passage parmi nous. Et des plats du jour partager ensemble. Et des fous rires et des engueulades et des projets et des parlottes.

 

 

La deuxième, c’est que depuis bientôt un an mon fils réussit à chaque fois un duicide intégral. Mais ça c’est pour les initiés.

 

Bel été.

 

 

mercredi, 05 mai 2010

La maison de mes pères - Critique de Marie-Pierre Genecand "Le Temps"

critique que vous pouvez lire sur le site du Temps www.sortir.ch

http://www.sortir.ch/spectacles/info/event.T.46496?extras...

La Maison de mes pères

Une série théâtrale, drôle d'idée? Pourquoi pas? Pourquoi la scène ne pourrait-elle pas, comme la télévision, fidéliser un public autour de héros populaires? Dans La Maison de mes pères, Didier Carrier remet le couvert polaire qu'il a dressé il y a trois ans avec La Vierge froide, du Danois Jorn Riel, et les retrouvailles sont tout sauf glaciales. Sur le plateau, le même igloo, les mêmes frigos et, surtout, incarnés par les mêmes acteurs, les fidèles trappeurs, rudes, attachants et joliment hâbleurs. Mais, comme dans les bonnes familles, le cercle s'est élargi: l'enfant et la nourrice ont paru et leur présence tempère les débordements des barbus bagarreurs.

Martine Paschoud, en fourrures et peaux, assise dans un frigo, l'air réjoui... Rien que pour cette vision d'anthologie, La Maison de mes pères vaut la visite. Dans le rôle d'Aviaja, une vieille femme qui s'est retirée sur la glace pour attendre la mort, – «le campement des têtes tristes», en inuit –, l'ex-directrice du Poche semble savourer la facétie. Elle est d'ailleurs si appétissante sous son capuchon esquimau, que les trappeurs la ramènent à la maison comme nourrice d'Agojaraq, leur bambin commun. C'est que, même à cinq, il est plus facile de faire un enfant à une Inuit partageuse que d'éduquer le fruit de ces amours collectives. Qui est le père du joli métisse polaire (Sarah Marcuse)? Peu importe, en fait, personne ne s'en soucie vraiment. Les compagnons de Pete (Didier Carrier) ont d'autres préoccupations: il faut combattre les démons de l'alcool de Small Johnson (Jef Saintmartin), les démons chrétiens de Géobald (Daniel Vouillamoz), coincé sur la fonction flagellation. Et le démon tout court, le Père Brian (Erik Desfosses), faux prêcheur et vrai profiteur. Et puis, il faut éduquer Agojaraq, entre chasse à l'ours et civilisation...

Chaleureux, le spectacle fonctionne comme La Vierge froide: une suite de situations cocasses, plus ironiques cette fois que poétiques, faisant l'apologie du cœur sur la raison. Entre hommes, on se comprend, et si une femme s'aventure dans la maison, elle a intérêt à adopter le même ton. Patrick Brunet, Mathieu Loth et Florian Sapey figurent encore à l'affiche de cette aventure collective qui est à la scène théâtrale ce que les fanfares alternatives sont à la scène musicale: un bol de fraternité et de gaité arrosée.

 

Marie-Pierre Genecand

jeudi, 22 avril 2010

bande annonce - La maison de mes pères

VISIONNEZ LA BANDE ANNONCE DE "LA MAISON DE MES PERES" DE JORN RIEL DANS UNE MISE EN SCENE DE DIDIER CARRIER

http://www.tpcm.ch/cavale/vierge.wmv

 

 

 

 

 

dimanche, 11 avril 2010

Bling blague blog

Est-ce que quelqu’un, un jour, quelque part a déjà osé s’élever contre la tyrannie du blog ?

Mais qu’est-ce que c’est que ce truc qu’on s’inflige de produire des textes plus ou moins pertinents, rarement nécessaires et que souvent l’on voudrait intéressants ?

C’est un peu comme si on se disait chaque semaine: Tiens ! Si j’allais faire un petit sommet ? Allez, hop ! Peu importe le temps, l’équipement, la saison. Hop ! Droit en haut la pente ! Hein ? Quoi ? Plaît-il ? Huit heures de marche ? Bagatelle. Hein ? Quoi ? Des ampoules, des crampes, des courbatures ? Billevesées. Hein ? Quoi ? La météo, la fatigue, l’itinéraire ? Chansons que tout cela. On ne va pas se retenir pour si peu. D’ailleurs, rien d’extraordinaire là-dedans : mon beau-père, du haut de ses 75 ans, le fait bien, lui. Bon, d’accord, il l’a toujours fait. Mais c’est pas une excuse. Alors, moi, ne puis-je pas de temps en temps commettre un petit billet d’humeur sur ce blog ? En prenant par la face nord de mon clavier, ça devrait être choses aisée, non ? Et pourtant je maugrée, je râle, je marmonne, je médis, je négocie, je marchande, je repousse, je récalcitre. Bref, je traîne des pieds. Allez savoir pourquoi. Parce que, cela dit, ce ne sont pas les sujets qui manquent ! Tenez, rien que chez nous, dans notre petite cuisine qui nous sert d’épicentre administratif, logistique et artistique de Cavale, y en aurait des choses à dire, des secrets à révéler, des rumeurs à laisser courir… Ah ! Si je voulais… On en remplirait, des blogs. Parce qu’il y a des vies mouvementées par ici, pas besoin d’aller à l’autre bout de la planète ou d’acheter la collection complète de Voici. Y a qu’à tendre l’oreille. Y en a des choses crousti… euh… passionnantes. Je vous dis que ça. Et je n’en dis pas plus. Non, je ne dirai pas que Véro, hein ? Véro… Ni qu’Amandine… parce que là… enfin… je me comprends. Il faut aussi souligner que Gilles ne fait pas mieux; si j’ose dire. Et puis Sandra… eh bien, Sandra… si vous saviez… Quant à Rebecca… Alors là, c’est le pompon ! C’est plus un blog qu’il me faudrait, mais un libre accès aux commandes intégrales de Google ! Pas moins. Parce que si avant on disait débordement, fantaisie, imagination, maintenant on dit: Tiens ? Rebecca. C’est dire… Mais bon, comme je vous le disais, je ne vous le dirai pas. Ce qui est dit est dit. Et moi ? Moi ? Y a rien à dire, je vous dis.

Bref, bon, alors, de quoi vais-je vous parler…? Des futurs travaux ? C’est un peu tôt. C’est pour l’année prochaine. Des élections à venir ? C’est pas vraiment notre rayon… De la situation politique, guerrière et intégriste au Proche-Orient ? Non plus, pas assez compétent. Du prochain mondial de foot ? Non, manque de motivation. C’est vrai quoi, le fait de savoir que l’Espagne va gagner classe le sujet, vous ne trouvez pas ?

Non, pour être un peu sérieux, la chose la plus importante pour nous, c’est notre actualité et celle-ci est toute remplie de notre prochaine pièce. C’est la dernière de la saison et c’est une création. Il s’agit de La maison de mes pères d’après le texte de Jørn Riel. Cette création est réalisée par la même équipe que celle qui avait créé La vierge froide; vous vous souvenez ? Ces petites histoires qui se déroulaient dans le Grand Nord. Là où ils ont inventé le mot froid. Là où il y a peu de monde et beaucoup de phoques. Là où la majorité des quelques Européens qui survivaient sur place étaient regroupés dans ce qui s’appelait la société des chasseurs. Là où la solidarité, l’entraide et la communauté n’étaient pas des mots creux; même distants de deux jours de traîneaux. Là où ça sent bon le mâle en conservation et le chien mouillé. Eh bien, La vierge froide parlait de ça. De rêves, de tricots, de fantômes et de rhum. Un monde d’hommes. Rudes et malgré tout attentionnés. C’est tout cela, La vierge froide. Je dis c’est, car nous allons avoir la chance que l’équipe de Didier Carrier, le metteur en scène, soit d’accord de reprendre ce premier opus pour quatre représentations. Un coup de chance ! Surtout si vous l’avez raté !

Quant à La maison de mes pères… Eh bien, c’est la même chose avec des femmes en plus ! Ben oui. Parce que, malgré tout, ces hommes côtoyaient tout de même quelques femmes. Des Inuits surtout. Et les notions d’invitation et d’accueil les uns chez les autres avaient des résonances épidermiques parfois, voire même procréatrices. C’est donc le sujet de ce nouveau spectacle. Situé un peu plus au sud du Grand Nord, c’est l’histoire du fils d’une Inuit qui ignore lequel des chasseurs de la région est son père ou même s’ils ne le sont pas tous un peu. Quel pays ! Mais bon, ça, vous vous en doutiez.

Miguel Fernandez-V.

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jeudi, 25 mars 2010

LA MAISON DE MES PERES de Jorn Riel

 

LA MAISON DE MES PERES de Jorn Riel

 

Odyssé Théâtre
Mise en scène : Didier Carrier
la maison de mes pèrescopie.JPEG
Avec : Sarah Marcuse, Martine Paschoud, Patrick Brunet, Didier Carrier, Erik Desfosses, Mathieu Loth, Jef Saintmartin, Florian Sapey
et Daniel Vouillamoz



Après La vierge froide et autres racontars, Odyssée Théâtre poursuit son périple arctique en explorant cette fois La maison de mes pères, autre récit burlesque et tendre de l’auteur danois Jørn Riel.
Suivons le parcours d’Agojaraq, métis Esquimau entouré de ses cinq pères possibles et de sa vieille nourrice Aviaja, de l’enfance jusqu’à la maturité. Faisons connaissance avec ces person¬nages, si truculents et hauts en couleur, que sont Brian le faux prêcheur, Dad Matthew et son « partenaire », M. Pickerin, gérant de comptoir ou encore Josva, l’Esquimau chrétien.
Bienvenue dans un autre monde, celui des Inuits.

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jeudi, 04 mars 2010

Quand la vie bégaie à Pitoëff

J’adore ce titre.

Quand la vie bégaie… C’est parlant. Ça évoque l’indécision, l’hésitation, la peur, l’angoisse, la fragilité, la timidité… ça évoque ces moments de perdition où l’on ne sait plus où aller ni que faire ni, bien sûr, que dire. Ça m’arrive aussi. Lorsque je ne suis pas sûr de ce que je vais dire et, donc, de ce que je pense. En fait, ça m’arrive assez souvent… Et j’imagine sans problème que la vie  aussi doit souvent ne pas trop savoir comment dire la suite des événements et que par conséquent, forcément, ce qu’elle dit peut être chaotique, décousu, ou monstrueux…

Vendredi soir, j’ai assisté à la première de « Quand la vie bégaie… » dans une mise en scène de Camille Giacobino. Etant en plein répétition ailleurs, je n’avais pas  pu suivre les répétitions et je n’avais du spectacle que le souvenir d’un DVD vu un an plus tôt… et l’enthousiasme des collègues… enfin… surtout une… Bref !

Vendredi, j’ai vu en vrai Maggie et Humphrey. Deux artistes un peu perdu, un peu errant, un peu naïf, un peu tendre, un peu fatigué et terriblement attachant. J’ai vu un homme et une femme face aux indécisions de la vie continuer à marcher pour ne pas mourir. J’ai vu leurs luttes permanentes et perdues d’avance (car qui peut se vanter de gagner contre la vie !), j’ai vu leurs peurs, leurs petitesses et leur amour. J’ai vu leurs rires et leurs plaisirs. J’ai vu et entendu leurs voix à en être touché, ému parfois, et je me suis surpris à espérer qu’ils gagnent…

Mais que je sache personne n’a jamais gagné..  ça se saurait…  Jésus peut-être… ou Bouddha… Mais faut y croire…

Quoi qu’il en soit, vendredi soir à l’issue de la première, j’ai eu la conviction que Nathalie et Pascal, ainsi que leur musicien, avaient gagné un pari ; un pari avec la vie. Pas contre mais avec. C’est un peu la fable du chêne et du roseau. On peut décider de ne pas plier au risque de craquer. On peut décider de plier au risque d’être écrasé… Il n’y a pas de solutions toutes faites.

Il y a des femmes et des hommes qui cheminent malgré tout avec les poids et les contraintes qu’ils portent librement ou qu’on leur impose… Il y a nous et nos rêves, nous et nos obligations, nous et nos limites. Le tout est de savoir jusqu’où nous sommes d’accord d’aller.

Miguel Fernandez-V.

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vendredi, 26 février 2010

Bande annonce - Quand la vie bégaie

Cliquez sur ce lien et visionnez la bande annonce

 

www.tpcm.ch/cavale/vie.wmv

 

 

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photos: Emilie Batteux
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mardi, 16 février 2010

Quand la vie bégaie au théâtre Pitoëff

QUAND LA VIE BEGAIE de Valérie Poirier

Mise en scène : Camille Giacobino

du 26 février au 14 mars 2010

Théâtre Pitoëff - Genève

Avec Nathalie Cuenet et Pascal Berney.

Humphrey et Magie forment un duo d’artistes de music-hall depuis des années. Ils naviguent : entre deux âges, entre illusion et réalité, entre espoirs et doutes…

Ce spectacle est un petit bijou de poésie et de drôlerie.

Infos et réservations : 079 759 94 28 ou www.cavale.ch

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lundi, 08 février 2010

Elvire Jouvet 40 - Miguel à Vidy

Elle essaye encore une fois. Les mots sortent avec précision, saccadés plutôt que déclamés. Ce sont des paroles d’amour, des paroles de suppliques, des paroles d’avertissement aussi, car la fin est imminente et elle sait que celle-ci ne sera pas heureuse. Elle parle. L’un écoute et l’autre entend. C’est-à-dire qu’il est touché, ému par le retour de cette femme après l’affront que l’autre lui a fait subir. Il est ému et il pleure, et son patron, son maître, s’en moque. Elle parle. Et soudain, le maître, le vrai, celui qui écoute vraiment, celui pour qui tout cela se joue devant lui, celui pour qui ces trois élèves comédiens interprètent cette scène depuis un an, toujours la même, le maître dit que non, que cela ne va pas. Et il explique, détaille, critique. Et il se fâche, explose, s’enflamme. Et il médite, rêve, prévoit. Ainsi Louis Jouvet fait-il travailler à ses élèves, Léon, Octave et Claudia, surtout Claudia, cette scène de Dom Juan; l’Annonciation d’Elvire, le dernier avertissement du ciel. Ainsi en cette année 1940, alors que la France est en pleine débâcle, alors que les Allemands sont là, alors qu’une chape de plomb va s’étendre sur Paris, ainsi le conservatoire national vit-il la fin d’une époque.

Et je suis témoin de ça. Pleinement. Enfin, pas vraiment.

Nous sommes en 2010, à l’aube d’une nouvelle décennie au moment où l’an 2000 évoque plus de nostalgie que d’espoir alors, imaginez, l’an 1940…

Devant moi ni Louis Jouvet ni Claudia, mais deux acteurs: Jacques Roman et Isabelle Caillat. Ce sont bien les mots prononcés en 1940, mais ceux qui les portent, qui les disent, qui les défendent sont d’aujourd’hui, d’ici et de maintenant.

Voici déjà deux semaines que je travaille avec eux. Deux semaines que j’entends ces mots. Deux semaines que les idées, les professions de foi et les révoltes qu’il contient travaillent en moi. Je suis fasciné par cette intelligence et cette exigence; cette quête artistique et spirituelle. Car là, il s’agit bien de spiritualité, le désir incompressible de s’élever, d’atteindre l’inaccessible étoile, comme chantait le poète.

Pourtant rien n’est évident. Je suis arrivé avec une idée, une housse dans laquelle je croyais possible d’emballer tout ça. Sottise et orgueil. Ça ne marche pas. Et le texte rectifie tout. Et puis Jacques Roman. Un acteur au sens fort du terme. Un intellectuel. C’est-à-dire un qui réfléchit, qui discute, qui propose, qui confronte. Un qui dit ce qu’il a à dire. Un qui jongle avec les idées. Un artiste. Un besogneux. Et puis Isabelle Caillat. Une actrice. Une présente, une observatrice, une artisane, une candide, une forte, une qui a peur et qui fait face, qui plonge car elle sait qu’il faut en passer par là. Une reine. Et moi, moi, je me sens l’âme d’un Sganarelle, d’un imposteur, d’un laborieux. Je me sens et je me sais privilégié. Même si parfois, je ne fais que prévenir (Gardez-vous à droite! Gardez-vous à gauche!), qu’arranger les bidons, je me sens aussi passeur, chargé de l’immense privilège et du grand honneur de raviver une flamme, un éclairage plus que jamais pertinents pour notre microcosme de théâtreux d’ici et pour le public qui n’est jamais assez exigeant.

Bien sûr, je fais une légère infidélité à Cavale pour pouvoir transmettre cette pensée, ce discours, cet idéal au public. Mais je crois que cela en vaut le coup. Les mots de Jouvet sont une fondation, pour tout pratiquant de notre art. La maison théâtre est encore solide. Ses bases sont inébranlables et son avenir est présent.

J’angoisse parfois à cause de ce lien « conservatoire-histoire (défaite de la France) ». Impossible de faire l’impasse là-dessus.

Je m’étonne d’ailleurs de cette constante de Jouvet qui malgré les évènements reste, jusqu’au plus long qu’il lui est possible, en place; tel un capitaine. Je m’étonne aussi, et je comprend, forcément, sa « fuite » par la suite...

Cela me renvoie à une bête question: Qu’aurais-je fait à sa place? Que ferai-je si mon pays est envahi par l’ennemi, le vainqueur, et qu’il me prie de travailler pour lui? Que dirai-je? Que ferai-je? Quelles seront mes ancrages? Nous n’en sommes pas là, Dieu merci. Mais ces questions désuètes, presque déplacées, me poursuivent. On sait que Charles Dullin eut des bassesses pour l’occupant, que Louis Jouvet s’enfuit, que Jean Villar travailla pour Vichy et que Jean Gabin s’engagea dans l’armée du côté de de Gaulle; dans la division Leclerc. Ce qu’il paya à la Libération. Et moi? Et nous? Que ferions-nous? Si le canon tonnait, quel théâtre proposerions-nous? Et qu’y défendrions-nous? Je ne sais pas. Mais j’ai espoir.

Miguel Fernandez-V.

http://www.vidy.ch/saison.htm

mercredi, 13 janvier 2010

Sor Juana Inés de Cruz

J’ai rencontré Sor Juana Inés de la Cruz il y a près de 20 ans en haut d’un escalier roulant... On avait exposé des livres la concernant et il y avait sa photo ou, plus exactement, celle d’un tableau la représentant : assise tel un prélat à son pupitre, encadrée par un théâtral rideau pourpre et, en arrière fond, une magnifique bibliothèque. Son regard intelligent et espiègle m’attira. Rien d’une religieuse pénitente. Il fallait en savoir plus. Direction le Mexique et le couvent de Saint-Jérôme dans la vieille ville de Mexico. Rencontre avec une étrange statue qui me dit de pousser les grilles du couvent. La suite, c’est dans "Songe d’une Soeur". Le rapport entre la religion et l’écriture m’avait toujours passionné, et Sor Juana en était l’exemple et le contre-exemple parfaits. Elle avait écrit tout ce qu’il ne fallait surtout pas écrire dans un couvent (des comédies de cape et d’épée, des sonnets amoureux très profanes, des poèmes philosophiques et même des poésies burlesques et des satires sexuelles). En même temps elle écrivait aussi des chants de fête religieux, des pièces glorifiant l’eucharistie et des hommages à la Vierge. Toutes les beautés et les contradictions du monde baroque. Ce beau mélange déplut souverainement à sa hiérarchie qui fit tout pour lui mettre des bâtons dans les roues de son carrosse. Mais elle était têtue et aussi protégée par les vice-reines du Mexique qui étaient irrésistiblement attirées par cette forte personnalité. Comme elle n’avait peur de rien, elle se mit à défendre le droit pour les femmes à accéder au savoir et renvoya son inquisiteur de confesseur. Cela eut de graves conséquences, et la fin de sa vie est dramatique... mais je ne veux pas tout dévoiler. Dramatique, le mot est lâché. La vie de cette femme est théâtrale. Après avoir écrit un mémoire sur elle, puis une thèse de doctorat, j’ai publié un livre en espagnol puis en français, avant de rédiger un "Journal mexicain" dont elle est le fil rouge. Conférences, essais, cours, il ne manquait qu’une pièce de théâtre. Ce fut d’abord une pièce poétique qui peu à peu se transforma et devint "Songe d’une Soeur".

Pour concrétiser ce rêve - ma première pièce de théâtre! - il fallait une rencontre avec un passionné de Sor Juana et du monde latino-américain dont il est issu, et ce fut Roberto Salomon. J’avais introduit un bouffon, Roberto les a multipliés, leur donnant parfois le premier rôle. Ils volent souvent la parole aux personnages principaux, créant un rythme nouveau. Nous avons collaboré étroitement, toujours dans le respect de l’autre et évidemment de Sor Juana. Car c’est elle bien sûr, l’héroïne de cette aventure, elle que j’aimerais faire découvrir à un public qui ignore souvent son existence alors même qu’elle est une icône vénérée au Mexique et que l’on projette de transférer sa dépouille au panthéon des grands Hommes du pays à l’occasion du 200ème anniversaire de la Révolution mexicaine.

Vous connaissiez Zapata et Pancho Villa, attendez de connaître Sor Juana Inés de Cruz!

Jean-Michel Wissmer

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mardi, 22 décembre 2009

Le mot du directeur

 

Voilà.

L'année se termine doucement.

Le centenaire se trouve enfin derrière nous et devient peu à peu un souvenir, important, de notre passage entre ces murs.

Conditions d'occupation du lieu obligent, nous avons du débarrasser le théâtre de nos traces. Nous y retournerons un peu plus tard; dans trois semaines.

Un autre spectacle s'est donc installé pour utiliser ce temps de disponibilité forcée. Un excellent spectacle d'ailleurs. Mais un spectacle qui ne dépend pas de nous; un spectacle qui doit soudain faire face à ses propres difficultés de création, qui doit en plus porter la lourdeur de fonctionnement de cette maison et qui n'a pour seul soutien que la bonne volonté des employés présents. Tout cela frise le gâchis. Et confirme la fragile réputation de ce théâtre, réputation que nous nous acharnons à préserver et à consolider afin que ce lieu soit reconnu comme un réel point de rencontre entre théâtre et public d'ici.

Mais peut-être sommes-nous les seuls à le vouloir vraiment. Je ne sais pas. J'ai des doutes. C'est vrai que les signes sont contradictoires. Tenez! Le spectacle que nous avons écrit et créé pour célébrer le centenaire a été plébiscité. Le public a littéralement adoré. Nous aurions pu sans problème prolonger d'une semaine nos représentations et je me demande même si cela aurait été suffisant. La presse est venue aussi et elle a complimenté cette création hors norme. Et puis, il y a eu les collègues, les copains, les gens du métier qui ont aussi apprécié ce spectacle. Bref, à l'exception de l'incontournable schtroumpf grognon, ce projet a été un succès et, dans la limite des moyens dont nous disposons, nous avons, en toute simplicité, rendu un bel hommage à la Maison Communale de Plainpalais. Et nous étions les seuls. Il y a près de deux ans, lorsque nous a avons parlé pour la première fois de notre désir de célébrer le centenaire de cette maison incontournable dans l'histoire de Genève, nous n'avons rencontré qu'un intérêt poli. Un haut fonctionnaire nous avait même dit que des anniversaires, s'il le faut, ça se trouve.... Certes.

Lorsque nous avons démarré les démarches et le processus de création, nous avons sollicité des soutiens auprès des instances les plus diverses. Bien sûr, je ne doute pas que les agendas des différents responsables privés et publics de notre petite république ne soient copieusement remplis et qu'il y avait certainement des priorités bien plus urgentes à assumer en ce soir de 28 novembre que de rendre un hommage, même sobre, à ce lieu d'histoire. Faut dire qu'étant donné la façon dont on a rendu hommage à Calvin pour son 500ème anniversaire, nous devions être bien naïf de nous attendre à autre chose. Mais peut-être que tout le monde s'économise pour les festivités à venir autour de Rousseau. En fait, on avait raison; des anniversaires on en trouve toujours...

Mais après tout peu importe!

Notre principal objectif, la raison première pour laquelle nous faisions ça (nous faisons ça!), notre seul but a été atteint: le public est venu et il est reparti content. Et même, je crois, un peu plus savant qu'il n'est venu. Et c'est assez réconfortant comme pensée... Un bout d'histoire a été réactivé et transmis. Chacun en fera bien sûr ce qu'il en veut, mais au moins aura-t-il une idée de là où nous venons; ça peut aider à savoir là où on va.

A part ça, autre chose d'important s'est passé. Une metteure en scène est arrivée: Amandine Sommer.

Une toute nouvelle, une bleue, une débutante, une qui n'a pas encore de théorie, de préjugés et de crédo. Une néophyte. Une qui démarre!!

C'était sa première réalisation. Et bien! Pour un premier coup, c'était pas trop mal réussi. Je peux même dire que j'en ressens un petit coup de fierté. En toute simplicité.

Autre chose aussi d'important: La Troupe Ment. La Troupe Ment: une troupe de théâtre; amateur comme on dit. Mais on ne comprend pas toujours ce qu'on dit. Je crois que là on a tout faux. C'est pas la bonne question. La Troupe Ment, c'est d'abord une bande de passionnés, d'exigeants et de joyeux lurons! La Troupe Ment, c'est une équipe d'aficionados qui n'a pas démérité dans cette aventure, au contraire! La Troupe Ment, c'est un réel soutien, c'est la preuve que les beaux projets se mènent jusqu'à leurs termes grâce à l'enthousiasme, à la passion et à la générosité de tout un chacun; sans oublier leurs talents. Et cette maison méritait bien ça.

Bien sûr, il y a eu plein d'autres gens là-dessus. Plein d'autres acteurs et plein d'autres gens en périphérie. Tous ont apporté leur pierre à cette histoire. C'est donc bien une aventure collective que nous avons bâti ici pour le public; c'était comme une cordée où chacun avait sa place et grâce à qui nous sommes tous arrivés au sommet.

Merci donc à tous de ne pas l'oublier et d'y avoir laisser votre trace.

Et puis, surtout n'oubliez pas de fêter la nouvelle année; elle ne peut être que riche en surprise. A nous de faire que ces surprises soient une invitation à aller de l'avant.

 

Bonne année.

Miguel Fernandez-V.

lundi, 21 décembre 2009

JOYEUX NOEL A TOUS ET A TOUTES

CARTE DE VOEUX.jpg

 

Soit le centière Noel que va vivre cette maison....

Et pour chaqe Noel écoulé ici, les doigts du temps on laissé une trace sur les murs de ce batiment.

Le poète disait que:

Ceux qui font de leur vie une belle aventure

Marquent chaqe victoire en creux sur le figure

Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus

Parmi tant d'autres creux, il passe inaperçu.

Nous nous souhaitons donc à tous un creux de plus.

De ceux qui tracent des sillons qui racontent des histoires

De ceux qui font sur nos bouilles des rayons de soleil

De ceux qui disent que nous avons plus vécu que subi.

Nous nous souhaitons donc un bon nouveau départ pour les cent ans à venir

Nous nous souhaitons à tous, comme disait un autre poète, d'aimer ce monde cabossé à tort et à travers

C'est peut-etre la chose la plus intelligente qu'il nous reste à faire

Amandine, Gilles, Miguel, Rebecca, Sandra, Véronica

 

Rendez-vous en 2010!

VOUS POUVEZ DES A PRESENT RESERVER VOTRE SOIREE
"SONGE D'UNE SOEUR" PAR ROBERTO SALOMON /
FLYER CAVALE_SONGE-1.jpg


samedi, 05 décembre 2009

Dans les coulisses des années folles

Dans les coulisses des années folles

Paru le Vendredi 04 Décembre 2009

   NICOLA DEMARCHI    

 GENÈVE - «100 dessus dessous», une création du Théâtre en Cavale, rend hommage au Théâtre Pitoëff et emmène le public dans les dessous de cette salle mythique. Rencontre.

 


«Le bâtiment a été construit en 1909 suivant le style de l'époque», annonce fièrement un hilarant directeur de compagnie en redingote et chapeau cylindre dans les soutes du théâtre. «Sur ces planches ont débuté Michel Simon, Ernest Fournier et bien sûr le grand Georges Pitoëff.» Non, ce n'est pas une visite touristique. Ni un bal masqué itinérant. 100 dessus dessous, le spectacle événement que la compagnie du Théâtre en Cavale dédie jusqu'au 13 décembre aux cent ans de vie de l'établissement qui les accueille, s'amuse à briser les conventions. Au menu, une piquante opérette dans le style de l'époque, une balade dans les coulisses de l'ancien théâtre, le tout dans un décor – celui de la Salle communale de Plainpalais – qui fait parfaitement office de scénographie. L'hommage tourne ainsi au spectacle total où les limites de la scène s'effritent tout en dégageant la vue sur un autre spectacle: celui du temps.
«Notre public a été surpris de voir ainsi transfiguré le bâtiment, nous confie la metteure en scène Amandine Sommer. Ici chaque spectacle a sa propre couleur, mais pour la première fois, nous avons investi tous les lieux du théâtre censés faire corps avec le concept de la pièce.» Ainsi, lorsque l'on franchit l'entrée du Pitoëff avant les représentations, c'est un autre monde qui s'ouvre aux yeux du spectateur-visiteur: celui des années folles, l'âge d'or du Pitoëff. Un théâtre à l'histoire aussi riche en événements que pauvre de souvenirs. «L'histoire du théâtre Pitoëff est floue car aucune archive n'a été tenue. De plus son histoire se mélange souvent à celle de la salle du rez-de-chaussée où l'on organisait aussi bien des bals et des conférences que des matchs de boxe.» C'est sans doute pour ça aussi qu'une promenade dans les coulisses était nécessaire, car c'est là que se niche parfois l'histoire d'un théâtre. «Mon expérience de scénographe m'a souvent amenée à suivre les spectacles des coulisses, précise Amandine Sommer. L'envers du décors est pour moi déjà tout un spectacle. Je voulais y emmener le public, brisant au passage un tabou ancestral de la profession, pour susciter le même émerveillement.» Et les coulisses du Pitoëff ont en effet tout le charme du théâtre d'antan: une scène «à l'italienne», des «costières» manoeuvrées par des machinistes qui bougent les décors en «cartons-pâtes», éléments qu'on verra pour la première et la dernière fois. Car si le destin de la salle n'est pas encore écrit, celui des vieilles machineries est scellé. Des travaux condamneront les costières du théâtre. Situation paradoxale pour une salle aussi bien située et au passé aussi riche. «Destiner la salle à la culture serait magnifique, mais – ajoute la metteuse en scène – il n'y a, à l'heure actuelle, aucun programme précis concernant son futur.»
L'heure n'est pas aux revendications. Quand le rideau se lève la jouissance et l'hilarité font brèche. Au final, après un inévitable dépaysement, le public applaudit sans ménage cette hilarante compagnie d'autrefois. I
Note : Jusqu'au 13 déc, Théâtre Pitoëff, 52 rue de Carouge, Genève, rés. tél: 079 759 94 28, www.encavale.ch
Me 9 déc à l'issue de la représentation: «Pitoëff a 100 ans!», rencontre animée par Eric Eigenmann, professeur de dramaturgie à l'Université de Genève

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samedi, 28 novembre 2009

Ce soir, c'est la première.

 

Ce soir c'est la première. Tout se joue à 20h30. Sacré échéance…

On a beau avoir une équipe solide, composée de comédiens chevronnés, à chaque fois c’est comme si on allait passer un examen oral décisif. Fichu métier… Comme disait un collègue : « Moi qui ai toujours détesté les examens, je fais un métier où j’en passe un tous les soirs ! » C’est vrai. C’est un métier de dingue.

Mais si on veut faire pire, quelque chose comme la cerise sur le gâteau, c’est quand on se décide à écrire un texte pour ses potes comédiens. Alors là, on touche le fond du masochisme. Car non seulement on passe l’examen du public, mais avant cela, faut affronter la critique, l’avis, la sentence, la mine dubitative, le dédain, la distance ou le coup de foudre des comédiens ! Et ça, croyez-moi, c’est pas simple ; pas simple du tout ! C’est un coup à rester au bar et à se cacher dans son verre quand le public sort.

Mouais…C’est une drôle d’affaire que d’écrire un texte ; surtout si ce texte est une commande. J’entends par là, un texte que vous n’avez pas décidé d’écrire mais qu’on vous a commandé sur un thème, une histoire, un rêve que vous n’avez pas eu au départ.

Je dis bien au départ car ensuite, le rêve, vous le faites ! Et il est beau, et il est dingue, et il est drôle, et il est… Vous vous l’appropriez et il est ce que vous voulez qu’il soit au point d’en être insupportablement confortable…

Et puis, voilà-t-y pas que vous le confiez à une metteure en scène, qui le passe à une équipe, qui s’en empare, qui le triture, le toilette, le teste, le digère, le régurgite et surtout qui lui donne des couleurs auxquelles jamais, ô grand jamais, vous n’auriez pensé ! Et puis voilà qu'il n'est pas du tout comme prévu !!!

C’est même pire que ce que vous aviez imaginé, que ce que vous aviez deviné, que ce qu’on vous avait laissé entendre !!!

C’est pas du tout ça !

En fait, c’est… mieux. Etonnamment, mieux.

C’est vrai ; quand on rêve à quelque chose, qu’on le dessine dans sa petite tête, qu’on joue avec, qu’on le modifie au gré de nos humeurs et de nos envies, finalement, on reste dans un quant à soi, bien au chaud dans ses propres idées et convaincu qu’on a bien raison de penser exactement comme soi et de le dire. En fait, pour peu qu’on n’y prenne pas garde, on tourne en rond autour de soi avec soi.

Mais là…

Là, c’est tout différent.

Là, c’est chouette. C’est un peu comme si on venait de mettre au monde un enfant que l’on voudrait préserver de toutes les misères du monde et pour qui on a des projets immenses et délicieux, un enfant qu’on voudrait cocoler, protéger, ouater. Et voilà que l’enfant grandit et que ce qu’on lui a donné, ce qu’on lui a transmis, l’emmène ailleurs. Vers un autre horizon. Et c’est tant mieux ! Même si ce n’est pas là, qu’on croyait que ce serait bien.

Alors après tout, il n’y a plus qu’à être reconnaissant et laisser s’envoler les mercis!

Merci d’avoir adopté cet enfant, de l’avoir fait décoller, de lui avoir donné chair, esprit et roublardise.

Merci de l’avoir rendu humain.

Merci de nous, de m’avoir surpris.

Merci à tous ceux et à toutes celles qui l’ont accompagné, aidé à grandir, qui m’ont alerté, conseillé, suggéré.

Merci aussi d’avoir été des modèles ; parfois à votre insu. Mais soyez sans crainte, cela aura été sans méchanceté, envie ou bassesse.

Je crois que ce n’est que comme ça qu’il pourra voir du pays, qu’il pourra grandir et nous parler ou pire : nous instruire !

Merci enfin d’avoir permis à ce théâtre de résonner d’une histoire éternelle et étonnante à chaque fois.

Merci d’avoir donné à cette histoire un peu de chacun de vous ; c’est un cadeau d’amour, oui d’amour, dont je vous suis, dont nous vous sommes simplement reconnaissant !

Merci à vous Camille, Dimitri, Fred, Gilbert, Gilles, Rebecca et Stéphane, vous êtes plus vrai que je ne l’avais imaginé. Merci à vous Amandine et Christine, pilotes de ce bateau au long cours. Merci à vous, La Troupe Ment, vous êtes (un peu) fou ; et c’est génial ! Et merci à Cédric, Daniel, Jean-Daniel, Jean-Michel, Johannita, Laurence, Michel, Valérie et Véronica ! C’est surtout grâce à vous que tout peut se faire ; et je crois qu’on ne le dira jamais assez !

Belle première !

Et… amusez-vous bien !

Miguel Fernandez-V.

vendredi, 27 novembre 2009

Bande annonce - 100 Dessus Dessous

Visionnez la bande annonce du spectacle évènement d'Amandine Sommer

"100 Dessus Dessous"

du 27 novembre au 13 décembre 2009

Théâtre Pitoëff - rue de Carouge - Genève

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ou copier coller sur vote navigateur cette adresse:  www.tpcm.ch/cavale/100.wmv

mardi, 24 novembre 2009

Pitoëff à 100 ans

La salle, le bâtiment, la maison communale de Plainpalais a donc cent ans.

Mais peut-être ne le saviez-vous pas.

Cent ans…

C’est beaucoup.

Autant dire que la quasi-totalité d’entre nous n’était pas là lors de son inauguration. Celle-ci s’est célébrée en grande pompe avec la présence des autorités de l’époque et d’une foule de futurs usagers de cette maison ; c'est-à-dire la population de Genève.

La raison d’être de la construction de ce bâtiment était une réponse à un besoin important des habitants de ce quartier périphérique en besoin croissant de lieu de réunions, de débats, de fêtes et de culture. Et cela fut.

Décidée par la commune de Plainpalais, puis intégrée au sein de notre bonne ville de Genève, la Maison Communale de Plainpalais a répondu depuis cent ans à cette demande populaire et c’est ainsi que des assemblées générales, des kermesses, des meeting politiques, des remises de diplômes, des fêtes de mariages, des soirées ludiques, des matches de boxe, des défilés de modes, des fêtes d’entreprises, des fêtes folkloriques, des fêtes d’associations de résidents étrangers et des élections de miss Bolivie Suisse Romande ont pu avoir lieu ici.

Sans oublier bien sûr, les grands noms de la musique et du théâtre qui ont pu travailler à l’abri de ces murs. Je ne sais pas si nous sommes toujours conscients, nous usagers, c’est à dire nous citoyens, de la chance que nous avons de pouvoir habiter cet endroit magique. Certes, il est onéreux, mal commode par certains endroits et inadaptés par d’autres. Mais il est aussi : chaleureux quand on se donne la peine de l’habiter vraiment, envié par sa désuète et touchante grandeur bourgeoise et fascinant par les soubresauts de l’histoire qu’il a traversé.

Son nom d’ailleurs est tout un programme.

Maison Communale de Plainpalais.

N’est-ce pas génial ?

C’est un nom qui, s’il est ânonné, marmonné, récité du bout des lèvres, se vide de tout son sens et de sa pertinence. Mais si on se donne la peine de s’y arrêter, on peut y discerner un réel programme et un ferment, une maïzena pour que prennent et se lient les différents ingrédients qui composent la vie de Genève. On pourrait même dire que cette maison symbolise à elle seule le projet de la ville.

Tout est vraiment dans son nom.

Plainpalais.

Voilà un beau nom : Plainpalais. Pour le néophyte, la contenance en son sein du mot palais, son évocation, l’image de la résidence du prince, du roi est évidente, et qui dit palais dit aussi le centre, le lieu de convergence de la vie de la cité. Ce qui finalement rejoint le rôle qui, dans l’esprit des genevois, est dévolu à Plainpalais. Après tout, Plainpalais n’est-il pas le centre de la ville, le lieu des grandes manifestations populaires ; un poumon cerné par l’activité et la frénésie urbaine ? Plainpalais comme l’œil d’un cyclone ?

Et puis : Communale.

Communale ! Ce qui, si je ne me trompe, veut dire pour tous ! Un lieu qui est à tous. Un lieu qui accueille tout un chacun sans distinction de CCP, de cravates ou de montres aux poignets. Un lieu au service des femmes et des hommes de cette ville, un lieu qui est aussi un bien commun, ce qui implique que nous en avons tous la responsabilité.

Enfin : Maison.

C’est pas un beau mot ça ?

Maison… ça respire le chez-soi, l’abri, le nid ; le port d’attache. Ça évoque la famille, le partage, la tablée. Ça sous-entend les disputes, les discutailles, les brouilles. Et ça permet les rêves, les projets, les défis… l’avenir.

Maison Communale de Plainpalais…

Finalement pour moi ça veut dire : Le lieu au centre de Genève partagé avec tous et ouvert à tous où chacun peut se dire, se disputer et rêver en famille.

Le mot famille est peut-être un peu gros, mais après tout, nous habitons ensemble cette ville et que nous le voulions ou non, nous en sommes ensemble responsables.

 Demain peut-être, cette maison retombera en léthargie comme cela lui est déjà arrivé par le passé. Si cela se produit, nous serons bien coupables et bien bêtes de nous priver d’un lieu de paroles. Ceux-ci, malgré l’accumulation et l’outrance des moyens de communications, se font rares ou cèdent la place à des boîtes de prêt à penser ainsi qu’aux opinions biolyophilisées compostables.

Espérons que cette maison ne s’y embourbe pas. Bien sûr, face aux grands projets de la République, aux enjeux de demain et aux incertitudes à venir, la préservation ici dans ces murs de la vie citoyenne n’est pas à proprement parler une priorité.

Et pourtant, si Plainpalais et cette maison se réduisent à la célébration du Mundial et à l’accueil de fêtes d’entreprise, j’ose affirmer que nous aurons perdu quelque chose.

Je vous avoue que moi, je n’ai pas envie d’en perdre une miette.

La première fois que je suis entré ici, je devais avoir 14 ans. Il s’agissait d’une fête de quartier avec un animateur qui faisait dire une phrase impossible à des enfants qui avaient la bouche pleine de cacahouètes. Le gagnant étant celui qui pouvait ânonner cette phrase avec un maximum de cacahouètes dans la bouche. C’était drôle. Et un peu dégoutant.

Mon deuxième souvenir eut lieu 4 ans plus tard. Angelo Corti, metteur en scène italien, avait monté Arlequin serviteur de deux maîtres de Goldoni. Une révélation. C’était une représentation scolaire. Nous étions près de 300 élèves entre 15 et 20ans, réputés impossible, à être menés par le bout du nez tout au long de cette histoire.

Et puis le souvenir suivant… et puis, et puis… Et puis, un jour d’automne 2004, nous nous retrouvons ici...

Voilà…

Je m’étais dit qu’il était important de dire plein de choses intelligentes sur ce centenaire que nous nous apprêtons à célébrer. Je m’étais dit aussi qu’étant donné l’importance du lieu, des événements qui s’y sont déroulés, il fallait en parler avec un certain respect, un sérieux certain et un fond de reconnaissance pour ceux qui nous ont précédés.

Attention, je ne me moque pas ! J’ai vraiment du respect pour nos prédécesseurs et même, allez ! je vous l’avoue, une certaine affection pour eux. Je sais, je sais, il n’y a aucune raison pour cela, je ne l’ai connais même pas, la majorité d’entre eux sont morts bien avant ma naissance, et d’ailleurs on n’a pas gardé les tréteaux ensemble, mais voilà, c’est comme ça. J’éprouve vraiment une certaine affection pour tous ces usagers.

Je suis tombé sur des vieilles photos d’assemblées, de réceptions, repas d’honneur, etc. etc. Et tous ces visages graves et sérieux qui fixent l’objectif pour la postérité ont quelque chose de délicieusement ridicule et attachant.

Je disais donc qu’un jour d’automne 2004, nous sommes arrivés dans ces murs. Je crois que nous étions aussi incrédules, impressionnés et honorés que bouillant de projets de rêves et de désirs.

Aujourd’hui, je crois qu’on s’est un peu fait avoir. Enfin, moi surtout. Au début, je croyais que ce lieu allait être le moyen de monter des projets ambitieux ; que j’allais m’en servir. Aujourd’hui, je crois plutôt être au service de ce navire et de ses fantômes !

Parce qu’il y a des fantômes ici, sachez-le !

Mais des fantômes citoyens ! Si, si ! ça existe. Ce sont des fantômes d’une espèce constructive, de ceux qui ne s’accrochent pas au passé mais soutiennent ceux qui regardent en avant.

Y a un bout d’évangile où il est dit que l’homme qui met la main à la charrue ne doit pas regarder en arrière. Pour moi, c’est vraiment de ça qu’il s’agit. Et si cet anniversaire doit avoir un sens, c’est celui d’une direction à suivre pour aller plus loin, aussi loin qu’il nous sera permis et possible d’aller.

Sinon…à quoi bon ?

Non ?

Miguel Fernandez-V.

100 Dessus Dessous

Le 28 novembre 2009, le Théâtre Pitoëff fêtera ses 100 ans!

Le Théâtre en Cavale, qui occupe ce lieu magique, se devait de le célébrer dignement.

Un spectacle visite à l'ambiance début de siècle prendra vie dans les couloirs, coulisses et autres endroits "cachés"  de Pitoëff

"100 Dessus Dessous" d'Amandine Sommer

Texte: Miguel Fernandez-V.

du 27 novembre au 13 décembre 2009

www.cavale.ch

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mardi, 27 octobre 2009

La mouette de Tchekov

 

La Mouette est de retour.

Sa première visite date d’il y a un peu moins d’un siècle, je crois. Elle a été accueillie à l’époque par un couple de réfugiés russes dans un théâtre que les autorités d’alors leur avaient confié. Puis la Mouette est repartie et les réfugiés aussi. Vite remplacés par d’autres réfugiés mais c’est une autre histoire. Depuis, la Mouette a fait plusieurs escales un peu partout à Genève et à travers le monde.

Sa première visite a donc eu lieu à la Maison Communale de Plainpalais, dans le théâtre qu’elle contient et qui depuis a pris le nom du couple réfugié russe : Pitoëff.

Je ne sais pas si cet oiseau est revenu depuis à Plainpalais, mais cent ans plus tard le revoici sous l’impulsion tenace de Françoise Courvoisier ; metteure en scène et directrice du Théâtre Le Poche.

Et cette Mouette est belle.

Je parle ici, vous l’aurez compris, de la Mouette de Tchekov, l’une des plus belles pièces du répertoire international. Je parle de l’un de ces bijoux textuels qui traversent le temps et les modes. Je parle d'un texte. Car après tout, qu’est-ce d’autre que cette Mouette qu’une succession de signes sur une feuille blanche qui font sens et sons? Qu'est-ce d'autre que la représentation typographique de lettres formant des mots, qui à leur tour forment des phrases, et donc un texte qui véhicule des idées, lesquelles trouvent encore un écho aujourd’hui en chacun de nous?

Parfois, je me demande si nous réalisons bien ce qui se passe. Il y a cent ans, un homme écrit une pièce. Cette pièce a la chance d’être montée par l’un des plus prestigieux metteurs en scène de son temps : Stanislavski. Puis cette pièce suit son cours. Ses premiers interprètes, son auteur disparaissent ; elle leurs survit et continue sa route. Elle résiste aux ans, aux modes et près d’un siècle plus tard elle tient vaillamment et légitimement son rang dans le peloton de tête du répertoire universel. Elle résiste aussi à ses innombrables interprétations et mises en scène. Traitée et maltraitée (parfois aussi), cette pièce reste vivante et suffisamment séduisante, suffisamment mystérieuse pour que des artistes de tout horizons s’y attellent avec sérieux, bonheur et inquiétude. Inquiétude car, à force d’être jouée et interprétée selon l’humeur, les valeurs et les croyances de tant de metteurs en scène et d’interprètes, cette pièce a couvert tous les champs possibles des sens, des revendications et des rêves qu’on peut lui imputer. Du coup, s’attaquer à la Mouette, comme à toute autre pièce du répertoire, c’est se condamner à la nouveauté, à l’innovation, à l’acte artistique. Et ça, c'est loin d'être simple. Finalement, c’est ça le paradoxe ; quand on monte une pièce nouvelle, on peut la monter de la façon la plus convenue ; c’est la nouveauté du texte qui généralement importe. Par contre, quand on monte un texte classique, on est condamné à l’ascension de cette montagne née de l’accumulation des couches d’interprétations et de mises en scène qui nous ont précédés. En cela, monter ce genre de pièce est un défi qui m’inspire autant de crainte que de respect pour ceux qui s’y attellent.

Par conséquent: chapeau !

 

Autre chose...

 

Cent ans disais-je. Et les créateurs, les premiers qui se sont emparés de cette Mouette, sont morts. Mais Nina, Treplev, Arkanina, Trigorine et les autres restent. Personne ne sait exactement ce que fut cette première Mouette ni comment elle a été jouée. Pas ou peu de documents pour s'en faire une idée correcte. Pas ou peu de traces, de témoignages, de souvenirs de l'implication des acteurs, de leurs engagements ou de leurs talents à habiter et dire ce texte. Pourtant, ils l'ont créée. Sans eux, le texte ne serait que texte. Qui s'en souvient à présent. Je suis persuadé que ces comédiens mettaient autant d'ardeur, de sérieux et d'humanité à défendre leurs partitions que ceux d'aujourd'hui. Mais ils sont partis et nous avons pris le relais. Et puis nous partirons aussi. Et l'on nous oubliera aussi. Drôle de métier et quelle définitive leçon d'humilité. En fait, nous sommes des passeurs d'histoires; nous les transmettons plus loin, à d'autres. ET nous sommes des passants. Si quelques uns d'entre nous restent dans les mémoires, dans l'histoire, du moins pendant quelques temps (car qui se souvient de Rudolf Valentino, Boris Karloff ou Alain Delon?), la grande cohorte des comédien(ne)s retournera dans l'oubli laissant la place à d'autres, tout aussi jeunes, passionnés ou insensés pour nous remplacer. Seuls resteront Nina, Treplev, Arkanina et Trigorine. Après tout, nous ne sommes là que pour les servir. Sans doute ne devrions-nous jamais l'oublier. Bien que ce soit très tentant...

Miguel Fernandez-V. - www.cavale.ch

lundi, 19 octobre 2009

Alors... Que pensez-vous de....

« Assouvir, évacuer se penchants et ses énergies pour les communiquer à ses semblables, se décharger publiquement de passions feintes ou en puissance, témoigner les sentiments d'un autre en les vivant physiquement et pour son compte dans une constante tromperie de soi-même où la sincérité va jusqu'à perdre son nom, proférer ou déclamer ce qu'on n'aurait pas pensé, ressentir parfois ce que jamais l'on n'éprouvera, se dérober continuellement à ses propres émotions, troquer à chaque saison son soi contre un moi nouveau, voilà la vie de ce (...) qu'on appelle le comédien. Atteint de toutes les maladies morales de l'imagination, affligé d'un mal redoutable appelé mimétisme, cet homme anormal ne saurait sans immodestie prétendre au rang de penseur, de critique et de moraliste» Oui, bien sûr... Mais aussi... « Marionnette animée par l'auteur, automate conscient et prestigieux agissant sur le public, pour quoi ne tirerait-on pas quelques originalités des points de vue particuliers ou même élémentaires qu'un comédien peut avoir sur le théâtre? Puisque tout ce qu'on a écrit sur le théâtre, à part quelques auteurs de génie parmi lesquels Shakespeare et Molière, n'a jamais été écrit que par des gens dont on n'est même pas assuré qu'ils fussent seulement de bons spectateurs. »

ET puis encore...

« Ce qu'un acteur peut dire sur les auteurs dramatiques, s'exprime d'abord par la pression sanguine ou l'état nerveux, le trouble animal qu'il contracte à vivre les personnages. C'est d'abord sa façon de penser. IL n'est que sensibilité aveugle, un enchevêtrement mécanique de sentiments et de gestes où les sécrétions de son cerveau deviennent nécessairement une sorte de cambouis lubrifiant pour son action sur la scène. Ce n'est pas de la pensée et c'est pourtant une façon de penser. »

Pas mal, non? Ces quelques petites perles ont été trouvées au sein d'un vieux bouquin trouvé dans une brocante poussiéreuse entre une poupée barbie largement défraichie et une cassette vidéo dont le titre invite plus à l'échange des fluides vitaux qu'à la réflexion profonde sur la destinée du monde. Vieux bouquin mais frais propos, non? Oh, bien sûr, je reconnais que ces petits extraits n'ont pas pour vocation de lever le voile sur la vérité profonde de l'existence du monde et ne répond surtout pas à la question fondamentale qui est de savoir pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien (ne vous attardez pas trop sur cette question, elle fait peur), mais ils font partie de ces petits plaisirs impromptus qui ponctuent et adoucissent nos vies quotidiennes. L'auteur? Ah, oui! L'auteur! Louis Jouvet; Réflexions du comédien Pour ma part, je n'ai pas d'autres ambitions que de vous les partager. Bonne journée.

Miguel Fernandez-V. www.cavale.ch

jeudi, 17 septembre 2009

Tranches de Vian

 

VU LE SUCCES DE "TRANCHES DE VIAN"  NOUS PROPOSONS UNE SUPPLEMENTAIRE EXCEPTIONNELLE

LE DIMANCHE 20 SEPTEMBRE 2009 à 20H00 -

PROFITEZ EN!

lundi, 14 septembre 2009

Soirée VIsP

Nous sommes heureux de vous inviter à venir assister à notre première soirée « VIsP »,

à comprendre cette année comme « Votre Inoubliable soirée à Pitoëff », menée tambour battant par notre directeur Miguel Fernandez-V.

 

le samedi 19 septembre à 20 h

au Théâtre Pitoëff

 

L’occasion pour vous de découvrir « l’autre facette » de ceux qui font notre saison 09/10 ! 

En primeur artistique, vous entendrez le Stéphane Mayer trio avec Stéphane Mayer au piano, Yves Marguet à la contrebasse et Pascal Jean à la batterie.

Accompagné de son trio tout neuf, Stéphane Mayer présente quelques-unes de ses compositions et un ou deux « classiques », dans un jazz en clair-obscur d'où émergent des univers parfois pop ou romantiques 

et d’autres surprises artistiques offertes par les comédiennes et les comédiens qui se produiront cette année sur notre plateau centenaire ! 

Vous êtes chaleureusement convié à venir participer à cette soirée, accompagné d’une ou deux personnes de votre choix, que vous parrainerez à cette occasion. La soirée se prolongera autour d’un verre au Cavale Café.

mardi, 08 septembre 2009

Quelques photos - Tranches de Vian

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mercredi, 26 août 2009

TRANCHES DE VIAN!

le spectacle d'ouverture de saison du théâtre en Cavale :

 

Flore, Tabou, Sartre, Queneau et les autres. Qui se souvient aujourd’hui de ces lieux et de ces noms? Lieux de culture, berceaux du jazz, noms de rêveurs lucides d’un monde nouveau, qui se rappelle leur ironie mordante et la contestation qui les habitaient? Boris Vian était de ceux-là. Mort il y a 50 ans, ce trompettiste, auteur et chanteur, compère d’Henri Salvador, importateur du rock en France, reste un poète décalé, dégainant aussi bien le solo de jazz que le polar. Aujourd'hui, Pascal Chenu et Yves Pinguely lui rendent hommage le temps d’un spectacle et d’un florilège de chansons. Sans encens, ni flonflons, mais avec le rire chevillé au corps et l’insolence qu’il mérite. Vian, 50 ans plus tard, est toujours là, comme un poil à gratter en chansons et en textes, servi par des artistes uniques et farceurs trop rares sous nos latitudes. Ici, Vian a trouvé ses héritiers !

Une heure et quart de délire musical. Bal d’acteurs et d’instrumentistes où hacun est tour à tour chanteur, percussionniste, danseur, pianiste, choriste, acteur. Soit une vingtaine de chansons revisitées, découpées en tranches et servies saignantes.

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infos sur www.cavale.ch

 

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JUSTE LA FIN DES VACANCES!

 

C'est doux un soir d'été.

Ça a la saveur légère des souvenirs d'enfance. Ça a des reflets de quiétude et de bien être, de douceurs et de satisfactions.

Quel l'on soit seul, deux ou plusieurs, ça se goûte, ça se partage, ça s'apprécie avec l'urgence d'un avant-goût d'éternité.

Ça permet de s'ennuyer avec aisance.

Et c'est si rare à notre époque qu'il ne faut pas en bâcler un seul instant.

C'est vrai, on ne s'ennuie pas assez de nos jours. On dirait même que ça nous fait peur de s'ennuyer. Ça nous rend dépendant de tout un tas de palliatif, encombre-temps, chasse-jugeote, perte d'esprit, codificateur de rêve qui sont à l'avancée de l'humanité ce que la boîte de conserve de ravioli est au repas annuel de la section locale des Verts; l'ouvre-boîte en moins.

C'est curieux cette peur de l'ennui, vous ne trouvez pas?

C'est curieux ce besoin maladif que nous avons de combler chaque trou noir dans notre emploi du temps par le pire et le plus pire de la distraction industrielle. Que ce soit les journaux, les écrans ou les médias pour les plus paresseux, les beuveries, les substances illicites et les décibels pour les plus infantiles, le sport, l'adrénaline et le jardinage pour les plus apeurés, chaque habitant de notre brillante contrée est armé, parfois sans le vouloir, contre l'ennui. Comment dans ces conditions profiter d'une fin d'après-midi ensoleillée sur son balcon, un verre de pastis à la main (ou ce que vous voudrez), afin de n'avoir pas d'autre activité sensée que de regarder la vie passé.

Je me demande parfois comment Albert Einstein aurait fait pour découvrir sa fameuse formule s'il avait eu accès à MTV...?

C'est drôle l'ennui, non? C'est généreux! Ça ouvre des horizons, développe des désirs, initie des projets. L'ennui, c'est laisser la bride sur le cou à nos rêves, nos espoirs et nos pensées. Y a pas mieux que de s'emmerder un bon coup pour avoir envie de découvrir l'Amérique!

C'est évident! Tenez, c'est à force de contempler jusqu'à plus soif (si j'ose dire) l'océan que les hommes ont commencé à se demander ce qu'il y avait de l'autre côté; et puis dessous! Et je ne vous parle même pas de la lune!

Moi, je crois finalement que s'ennuyer est une chance. Ça permet de goûter au privilège (car c'en est un) d'agir, de créer, d'avancer. S'ennuyer, ça réveille la curiosité, ça soulève des questions, ça titille des réponses. S'ennuyer, finalement, ça permet de se tenir debout dans ce coin d'univers, d'être à l'écoute des mélodies du monde et surtout d'être tenté de les déchiffrer.

Drôle de pensées sur le bord de mon balcon avec le pastis fatidique, alors que le soleil décline, que les glaçons dans mon verre s'évaporent et que mon estomac ne va pas tarder à crier famine. Mais ce semblant de médiation me réjouit, et je redoute le moment où je serai rassasié de jours, comblé de souvenirs et débordant d'activité. Quand je serai occupé de la sorte, rempli, gavé et que plus aucun espace en moi ne sera assez large pour faire une place à la curiosité, ce jour-là je n'aurai plus qu'à mourir. Dieu me préserve donc de la satisfaction, du contentement et du « Yenapointcommemoi »! Et, allez! Dieu nous en préserve tous!

Je nous souhaite donc en ce début d'année de nous ennuyer. Un peu. Bellement. Et que cet ennui soit déclencheur de rêves à atteindre. Je nous souhaite que cet ennui soit une pierre de base sur laquelle bâtir nos projets; peut-être ainsi à notre tour arriverons nous à décrocher la lune.

Quel rapport avec Cavale me direz-vous? Aucun. Ou plutôt si. Il a y différentes façons de faire du théâtre. L'une d'entre elles consiste à en faire parmi d'autres activités, entre séries télévisées, travail hebdomadaire et sudoku journalier. Ce qui donne l'opportunité au pauvre enragé de se plaindre de ses journées débordantes. L'autre est de se donner le temps de rêver un projet, de le voir mûrir, de le couver, de le goûter et de le partager. Cette nouvelle saison qui démarre chez nous n'est construite que par cette sorte de gens. Par ceux qui ont pris le temps; qui ont donné du temps au temps. Et finalement, ce n'est pas plus mal, non?

Alors?

Santé!

Miguel Fernandez-V.

www.cavale.ch

dimanche, 28 juin 2009

Un petit mot du directeur!

Alors, les voilà? Hein?

Depuis le temps qu'on les attendait, qu'on les espérait, qu'on les implorait, les voilà enfin...?

Je vous avoue que j'avais fini par ne plus y croire. Je me disais que c'était un rêve, une illusion, un fantasme, une vue de l'esprit, un de ces égarements cérébraux dans lequel on se réfugie lorsque l'on n'a plus pour seul horizon qu'un quotidien sans cesse répété, jour après jour, et qui écarte tout espoir de changement.

Je le reconnais, et je vous prie de m'en excuser, j'ai perdu foi en elles! Les jours s'égrenant pareils les uns aux autres, les tâches se répétant avec une régularité bêtifiante, les faits et gestes de chaque journée ressemblant aux faits et gestes d'autres journées, malgré les incidents, les nouveautés, les imprévus, les rencontres, etc, etc, etc, je n'en voyais plus la fin, l'apothéose, la ligne d'arrivée.

Oh, non pas que mon labeur quotidien, que mes différentes activités, que mes amis, que mes amours, que mes envies et que mes pourquoi du pour qui du comment me soient soudain devenus insupportables et détestables! Il ne s'agit pas de cela. Il s'agit juste de cette sournoise et douce lassitude qui vous fait lever le nez en direction des nuages, ralentir le pas, rêvasser et s''intéresser passionnément à l'herbe qui pousse dans le parc d'à côté, au ablutions d'une mouche sur le bord de votre bureau plutôt qu'au travail pour lequel nous sommes engagés; et payés...

Enfin peu importe puisque les voilà.

Bon. Il est vrai que je n'ai pas pu m'empêcher de leur faire une remarque, de faire l'étonné qu'elles existent encore, et surtout qu'elles se souviennent de moi, de les snober un peu (pas trop! Des fois qu'elles changeraient d'avis!), et puis bien sûr de leur reprocher de s'être fait autant attendre!! Oui, je sais, j'ai été un peu injuste, mais si on n'a pas une bonne grosse discussion avec les gens qu'on aime de temps en temps où serait le plaisir de s'aimer? Mmh?

Bref. Nous voilà réconciliés. Un illustre inconnu disait un jour qu'un ami, c'est quelqu'un qui vous connaît par coeur et qui vous aime quand même... Y a de la vérité là-dedans, vous ne trouvez pas? En tout cas, pour moi, c'est tout à fait ça. Elles, elles me connaissent par cœur, même un peu trop à mon goût, et pourtant elles m'emmènent de nouveau cette année. Je voudrais faire le fier mais, en fait, je leur en suis reconnaissant. Très. Et ma famille aussi. Et mes amis. Et mes ennemis aussi, faut dire. En fait, tous ceux qui ont à faire avec elles... Tout le monde a droit à faire leurs connaissances et à en profiter, si j'ose dire... C'est chouette de faire l'unanimité comme ça.

Allez! Je vous laisse; elles m'attendent. Je voudrais pas qu'elles s'impatientent. Vous me direz comment ça c'est passé avec elles, hein?

Pardon? Je ne vous ai pas dit leurs noms?

Mais, c'est évident!

Les vacances...

 

Miguel Fernandez-V